Par Tom Perry Reuters - Lundi 3 décembre, 18h34

BEYROUTH (Reuters) - Le choix du général Michel Souleïmane comme candidat de compromis à la présidence de la République est un revers pour la majorité pro-occidentale au pouvoir au Liban - donc un succès pour l’opposition emmenée par le Hezbollah et soutenue par Téhéran et Damas.
Tel est l’avis qui prévalait lundi à Beyrouth au lendemain de la désignation - au terme de longues semaines de tractations ardues entre les factions libanaises - du chef de l’état-major pour succéder au président pro-syrien Emile Lahoud, dont le mandat a expiré le 23 novembre.
Le Mouvement du 14 mars, la majorité formée dans la foulée de l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri en février 2005, s’était initialement opposée au choix de ce chrétien qui entretient de bonnes relations avec le Hezbollah et a accédé à la tête de l’armée en 1998, du temps de la présence militaire syrienne.
L’élection de Souleïmane, qui pourrait intervenir dès vendredi, lorsque la Chambre des députés se réunira après six tentatives avortées, devrait contribuer à désamorcer la crise qui paralyse le pays depuis le départ des ministres d’opposition du gouvernement de Fouad Siniora, il y a un an.
La majorité, qui s’était assigné de réduire l’influence syrienne et de désarmer le Hezbollah, a justifié son ralliement au candidat de compromis favori du mouvement chiite par la nécessité de combler un vide institutionnel susceptible de déstabiliser davantage le Liban.
Le Mouvement du 14 mars, qui voulait un président qui partage ces deux objectifs, a dû prendre note d’un rapport de force qui n’est plus en sa faveur, estime Sateh Noureddine, éditorialiste au quotidien libanais As Safir. “C’est un échec pour lui, c’est très évident.”

SYRIE GAGNANTE, AOUN PERDANT

Durant l’année écoulée, le Hezbollah a mis tout le poids de son appareil dans la balance pour remporter son bras de fer contre la majorité, mobilisant des centaines de milliers de manifestants, organisant une grève générale, paralysant le centre de Beyrouth avec le village de tentes de ses militants.
“Le Hezbollah a toujours été plus fort que les autres. C’est pourquoi il a fallu capituler”, note Nadim Chehadi, chercheur à la Chatham House de Londres. Le “réalisme” n’est pas une défaite, rétorque le leader druze Walid Djoumblatt, qui fut l’un des ténors les plus intransigeant de la majorité.
Seule la composition du nouveau gouvernement qui suivra l’accession à la présidence de Souleïmane permettra de dire si un des deux camps l’a emporté sur l’autre de façon décisive, mais le Hezbollah savoure déjà ce qu’il considère comme une victoire.
“Les Etats-Unis ont senti leur impuissance, leur faiblesse et leur échec. Le recul de la politique américaine au Liban résulte de la force de la résistance et de la persévérance de l’opposition”, assure le “sayed” Hachem Safieddine, membre du mouvement chiite.
La Syrie peut également observer avec satisfaction l’évolution de la situation puisque le gouvernement anti-syrien de Siniora sort affaibli de l’épreuve de force et que les Occidentaux, dans leurs efforts de médiation, ont dû lui reconnaître un rôle central au Liban.
Chassée sans gloire du Liban après l’assassinat de Hariri, la Syrie prendrait donc une revanche. “Les vainqueurs dans tout cela, ce sont les Syriens”, affirme Chehadi, qui en conclut que “l’establishement syrien au Liban est indéboulonnable”.
Pour Noureddine, Michel Aoun, le leader chrétien d’opposition, “est probablement le grand perdant de ce jeu”, parce qu’il a cru à tort que s’allier au Hezbollah lui assurerait une présidence de la République qu’il estimait devoir lui échoir de droit.




1 Comment. Add your own...

  • 1. laichaa | December 4th, 2007 at 9:41 pm

    Comment se fait-il que les Syriens réussissent à nous avoir deux fois de la même manière en 20 ans d’intervalle? Les dirigeants chrétiens sont égoïstes et incompétents. On devrait les pendre! Ils ont mené les Chrétiens et le Liban dans deux défaites en 20 ans dont ils mettront cent ans pour s’en remettre!



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