Excellent article !

By Michel Touma - L’Orient Le Jour
Le 15 décembre 1952, Maurice Gemayel donnait au Cénacle libanais une conférence ayant pour thème évocateur « Tel peuple, tel gouvernement ? Tel gouvernement, tel peuple ? » Il s’interrogeait, d’entrée de jeu sur le fait de savoir « qui, du peuple, des gouvernants ou des institutions, est responsable, au Liban, de la situation rien moins que brillante dans laquelle ce pays se débat de plus en plus désespérément ». Une petite phrase qui, plus d’un demi-siècle plus tard, n’a rien perdu de son acuité. Dans le cadre de ces mêmes conférences du Cénacle, Hamid Frangié apportait peut-être un élément de réponse en soulignant que « la direction des collectivités ne peut s’assumer sans l’engagement d’une petite élite » ; une perception que semblait partager Georges Naccache qui relevait l’importance pour les élites de jouer un « rôle de médiation entre le peuple et le chef ».

Force est de préciser que le pays est aujourd’hui confronté, entre autres problèmes, à une grave crise dont pâtit l’élite libanaise. Celle-ci est, de fait, pratiquement écrasée, dans une large mesure marginalisée, par le poids de leaders omnipotents ou de partis aux relents totalitaires et quasi fascistes. Cela est le cas dans les principales communautés du pays, mais la crise se fait ressentir particulièrement en milieu chrétien, déchiré entre deux courants ayant opté pour des choix politiques foncièrement contradictoires.

La crise subie par l’élite chrétienne est d’abord le résultat de l’absence d’esprit d’institution dans la plupart, sinon la quasi-totalité, des partis et courants qui mènent le jeu sur la scène chrétienne. L’action politique y est le fait d’un chef, d’un leader, incontesté – et très peu contestable – qui se fait seconder par un cercle très restreint et fermé de collaborateurs dont le rôle se limite, le plus souvent, à celui de suiveurs, d’exécutants des décisions et des choix pris par le chef. Pas d’approche à caractère institutionnel, par d’alternance possible, donc, au niveau de ces courants et partis, mais plutôt une personnalisation poussée à l’extrême de l’action politique. À cette faille structurelle viennent s’ajouter des failles humaines, encore plus lourdes de conséquences : l’orgueil, l’égocentrisme, l’ambition outrancière et démesurée, les susceptibilités personnelles de certains chefs et leaders influent souvent sur le cours de certains événements beaucoup plus qu’on ne le pense.

Ce combat de coqs laisse peu de place, ou pas du tout, aux élites. Plus inquiétant encore est l’absence de recul, de discernement, d’esprit critique dans les positions des élites et des milieux de la jeunesse universitaire. De sorte que les élites sont réduites à être une simple caisse de résonance des divergences entre leaders au lieu d’assumer la fonction de « médiation » entre la base et le chef, et parallèlement de tenter de dégager un dénominateur commun, de défricher un terrain d’entente, de juguler la confrontation entre des courants et partis qui partagent en définitive les mêmes convictions mais qu’oppose uniquement le bras de fer qui se déroule au sommet et qui est mû généralement par des considérations essentiellement personnelles et égocentriques.
Le plus grave est lorsque cette marginalisation de l’élite intervient dans un contexte non pas de lutte politicienne – ce qui ne porterait pas beaucoup à conséquence –, mais dans une situation de crise existentielle aiguë. Dans ce cas, l’élite est très souvent amenée à avaliser une ligne de conduite et des choix fondamentaux qui ne correspondent nullement à ses convictions. Cette soumission est alors due soit à un manque de courage politique, soit à des calculs triviaux personnels ou électoraux. N’est-il pas ainsi déplorable, dans le contexte présent, de voir certains députés chrétiens (plus précisément maronites) de l’opposition adopter des positions contre nature que l’on sait être en totale contradiction avec leurs propres convictions intimes qu’ils défendaient fermement haut et fort avant qu’ils ne fassent leur entrée dans l’arène parlementaire ? Peut-on encore considérer ces députés comme une possible relève politique, comme une élite responsable et crédible, lorsqu’ils font table rase de leurs convictions, en pleine crise existentielle, pour conserver un siège parlementaire ? Cette absence d’esprit critique de leur part, cette renonciation au rôle qui aurait dû être le leur sont d’autant plus regrettables que d’autres avant eux ont eu le courage de leurs opinions. Tel est notamment le cas de Nadim Salem qui, pendant de très nombreuses années, a été député de Jezzine et plusieurs fois ministre, en tant qu’indépendant avant la guerre puis en tant que membre du bloc de Nabih Berry par la suite. Mais alors que l’occupation syrienne était au faîte de sa puissance, il a eu le courage politique de se démarquer de son bloc parlementaire et d’afficher publiquement ses convictions qui n’étaient pas celles de Nabih Berry. Il a perdu, en conséquence, son siège parlementaire et son portefeuille ministériel. Entre sa conscience et ses convictions politiques, d’une part, et les calculs électoraux et bassement politiciens, de l’autre, il a opté pour le premier cas de figure.
Alors que les Libanais commémorent le 33e anniversaire du déclenchement de la guerre, le pays est aujourd’hui, plus que jamais, confronté à un choc opposant deux cultures, deux systèmes de valeurs, deux visions radicalement différentes de l’homme, de la vie, du rôle et de la vocation du Liban. À l’ombre de cette crise existentielle, l’exemple de Nadim Salem aurait dû faire tache d’huile. À l’ombre de cette crise existentielle, l’élite au sein de chaque parti, de chaque courant, de chaque campus universitaire devrait avoir le courage politique de remplir pleinement son rôle. La marche organisée hier à l’occasion du 13 avril apporte la preuve que les Libanais restent, malgré tout, un peuple entreprenant, vivace, dynamique. Reste à traduire cet atout en une entreprise de redressement politique initiée par l’élite au sein de chaque parti, de chaque courant. Il y va peut-être de la raison d’être et de la physionomie du Liban de demain.
Lorsque l’on atteint un point d’inflexion, on se doit obligatoirement de choisir sa voie. Et c’est précisément à cette croisée des chemins que l’élite est tenue d’assumer, sans détour ni tergiversation, sa vraie mission. Une mission nationale et historique.




6 Comments. Add your own...

  • 1. Mar Yuhanna Maroun | April 15th, 2008 at 10:46 pm

    This is absolutly the reality! Look at Amin Gemayel and Hezb el kataeb today! where is the Elite of Maurice Gemayel? Maybe you will tell me Selim Sayegh? who is this guy? Is he such big to be today Vice president of Kataeb? or he is friend of Amino…Sad pretty sad story for such a great party.

    Allah Yerhamak Ya Maurice and Thanks N for this subject.

  • 2. ADD | April 16th, 2008 at 12:59 am

    1 peu comme SG non?

  • 3. Ziyad | April 16th, 2008 at 11:31 am

    Mar Yuhanna Maroun. The reason why there is no renewal of elites among lebanese christians is due to the mentality you just shown saying “who is salim sayegh?”. What do you mean by that? you mean eben min or min attal?

    The problem is that lebanese christians feel mhammachin when they are politically represented by someone who is not a warlord or a tribal chief. There is enough elite among today’s christian politicians, the problem is that the public doesn’t follow…

  • 4. Rodge | April 16th, 2008 at 12:06 pm

    Great Article from Michel Touma, who always write good articles.
    and there is an example of this elite in Aoun’s bloc, Dr. Farid el Khazen is losing a lot there, he should move away from this mad man.

    Mar Yuhanna,
    You have a point in what you said, and I agree with you in ur opinion about Selim Sayegh, not because he was unkown, but I think he doesn’t have enough skills and capacities to be in this position.

    Ziyad, I agree with you 100%, what you said represents the fact, but not only within the Christian Community, but sadly in all the Lebanese communities. Look at the Shiites, there are many Elites in this sect, but still those who are ruling are HN and Berri.

    But it’s not new, all the Elites and brains left Lebanon and were successful outside, and there are many examples in this regard.
    I will mention some, Calos Ghosn, Michel Obeid, Massari, Michael Dabaghi, Nicola Hayek, among others.

  • 5. JoseyWales | April 16th, 2008 at 1:33 pm

    Article IS OK but states the obvious.

    Problem is similar with all leadership not just Christian.

    What prevents newspapers, and NGO’s and professional organizations from putting pressure on bad leaders and the hypocrites supporting them?

    L’Orient is as guilty as the rest when they publish things like “Saniora is a statesman doing his best” and “Berri is a smart politician trying to survive and will wake up one day” and other such idiocies.

    I know they criticize mildly the political class, but Christian and all leaders should be trashed BY NAME for specific actions or positions in the papers and on TV by all until they do their job or go the fuck away.

    Example: 1) the resigned ministers at work: Saniora and the minister should trashed daily till it stops

    2) Berri closing parliament, (why? bring out the legal scholars on TV and papers etc, force him to defend himself every fucking day)

    3) Aoun et al. saying ” blocking roads” is legal protest, call him to apologize and retract, and drag him to court if possible

    Otherwise why would they change anything?
    (One problem is also not enough independent news outlets, so we get: you leave my guy alone, I leave your guy alone)

  • 6. Mar Yuhanna Maroun | April 16th, 2008 at 2:04 pm

    Rodge,

    You are right but what I mean’t who he is? meant what his experince and skill, yes. Be sure he is somebody none from father, look at Kataeb website and some talk about the father!!!! Yes, this is what I meant…

    The rest Inshallah kheir.



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